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Les risques insoupçonnés de la sophrologie : ce que vous devez absolument savoir

Femme pratiquant la sophrologie avec une expression de tension intérieure dans une salle de thérapie apaisante
5 min de lecture

La sophrologie occupe une place croissante dans l’offre de bien-être en France. Le titre de sophrologue n’est pourtant protégé par aucun diplôme d’État, aucun ordre professionnel, aucune inscription au répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS). Ce flou réglementaire ouvre la porte à des situations où la pratique peut produire l’inverse de ce qu’elle promet.

Sophrologie et cadre juridique : une profession non réglementée

N’importe qui peut, en théorie, apposer le mot « sophrologue » sur une plaque ou un site internet. Aucune autorité ne vérifie le volume horaire de formation ni la qualité pédagogique du cursus suivi. Des certifications privées existent (RNCP, labels de fédérations), mais elles restent facultatives.

La conséquence directe touche la sécurité des personnes accompagnées. Un praticien mal formé peut retarder une prise en charge médicale nécessaire, en laissant croire que la relaxation suffit face à des symptômes qui relèvent d’un diagnostic clinique. Le risque ne vient pas de la méthode elle-même, mais de l’absence de garde-fou à l’entrée de la profession.

La loi française n° 2024-420 du 10 mai 2024 a d’ailleurs créé un délit spécifique visant la provocation à l’abandon ou à l’abstention de soins. Cette évolution législative concerne directement les praticiens de bien-être qui présenteraient leurs séances comme une alternative à un traitement médical. Plusieurs points développés dans les articles sur Soin Et Compassion détaillent ces enjeux réglementaires et leurs implications concrètes pour les consultants.

Praticienne en sophrologie consultant ses notes dans un cabinet professionnel, évoquant les aspects encadrés et les risques potentiels de la pratique

Rapport de l’Inserm sur la sophrologie : des preuves encore fragiles

Le rapport de l’Inserm publié le 20 février 2021, à partir d’une évaluation menée en 2020, constitue la référence française la plus citée. Ses conclusions méritent d’être lues sans filtre.

Les études disponibles étaient trop peu nombreuses et trop hétérogènes pour confirmer ou exclure l’efficacité de la sophrologie sur les troubles qu’elle prétend soulager (stress, douleur, troubles du sommeil). Plus préoccupant encore : la tolérance et les effets indésirables étaient eux aussi insuffisamment documentés.

Ce constat ne signifie pas que la sophrologie est dangereuse. Il signifie que personne ne peut affirmer avec certitude qu’elle est sans risque, faute de données solides. Les retours terrain divergent sur ce point : certains praticiens rapportent des bienfaits nets chez leurs consultants, tandis que la littérature scientifique ne parvient pas à isoler ce qui relève de la méthode et ce qui relève de l’effet relationnel ou placebo.

Ce que le manque de données change pour le consultant

Une personne souffrant de troubles anxieux sévères, de symptômes dépressifs ou de douleurs chroniques ne dispose d’aucune garantie fondée sur des preuves que la sophrologie améliorera son état. Si cette personne choisit la sophrologie à la place d’un suivi psychologique ou psychiatrique, le risque de perte de chance devient réel.

La sophrologie ne peut ni diagnostiquer ni traiter une maladie. C’est un cadre légal, pas une opinion. Tout praticien qui laisse entendre le contraire franchit une ligne que la loi de mai 2024 sanctionne désormais explicitement.

Effets indésirables pendant et après une séance de sophrologie

Les exercices de respiration dirigée et de relaxation profonde ne sont pas anodins sur le plan physiologique et psychique. Plusieurs types de réactions peuvent survenir :

  • Une hyperventilation liée à une respiration trop intense ou trop longue, provoquant vertiges, fourmillements, sensation d’oppression thoracique. Ces manifestations sont généralement brèves mais peuvent être anxiogènes, surtout chez des personnes déjà sujettes aux crises de panique.
  • Une remontée émotionnelle imprévue. La détente musculaire et le relâchement de la vigilance mentale peuvent faire resurgir des souvenirs douloureux ou des émotions refoulées. Sans formation en psychopathologie, le sophrologue n’a pas les outils pour contenir cette décharge.
  • Une anxiété paradoxale déclenchée par la relaxation elle-même. Certaines personnes habituées à un état de tension permanent vivent le relâchement comme une perte de contrôle, ce qui aggrave temporairement leur anxiété au lieu de la réduire.
  • Une fatigue marquée dans les heures qui suivent la séance, parfois accompagnée de céphalées ou d’une sensation de flottement.

Ces effets ne sont pas systématiques. Ils concernent davantage les personnes présentant des antécédents psychiatriques, des traumatismes non traités ou une fragilité psychique identifiée. Le problème survient quand le praticien ne pose aucune question préalable sur l’état de santé du consultant.

Homme allongé sur un fauteuil de sophrologie avec une expression d'inconfort émotionnel, illustrant les effets inattendus possibles de la sophrologie

Dérives et emprise : le risque de substitution aux soins conventionnels

Le risque le plus lourd n’est pas physiologique. Il se situe dans la trajectoire de soin du consultant. Un sophrologue qui encourage, même implicitement, l’arrêt d’un traitement médicamenteux ou le report d’une consultation médicale expose la personne à une dégradation de son état.

Les situations les plus documentées par les organismes de vigilance (Miviludes notamment) concernent des praticiens qui cumulent sophrologie et autres pratiques non conventionnelles, et qui construisent progressivement un discours de défiance envers la médecine. Le glissement vers l’emprise se fait rarement de manière brutale, mais par une succession de suggestions qui isolent le consultant de son parcours de soin habituel.

Signaux d’alerte concrets à repérer

Quelques indices permettent d’identifier une pratique problématique :

  • Le praticien déconseille de parler des séances à votre médecin traitant.
  • Il propose un nombre de séances très élevé sans objectif défini, créant une forme de dépendance.
  • Il formule des promesses de guérison sur des pathologies diagnostiquées (cancer, dépression sévère, troubles neurologiques).
  • Il refuse de travailler en complémentarité avec un professionnel de santé.

Un sophrologue compétent oriente vers un médecin dès que la situation dépasse son champ de compétences. Cette limite est le premier critère de sérieux à vérifier avant de s’engager dans un accompagnement.

La sophrologie peut apporter un complément utile dans la gestion du stress, de la respiration ou de la prévention de certains troubles fonctionnels. Ce bénéfice potentiel ne dispense pas d’une vigilance active sur le choix du praticien, la transparence de sa formation et le maintien du lien avec le parcours médical conventionnel. Les données disponibles ne permettent pas encore de tracer une frontière nette entre bénéfice et risque, ce qui rend cette vigilance d’autant plus nécessaire.

Les risques insoupçonnés de la sophrologie : ce que vous devez absolument savoir